Rémi Thivel
Guide de haute montagne
Photographie
La "semaine montagne" de l'examen probatoire pour entrer en formation de guide de haute montagne à l'ENSA consiste à s'assurer que les candidats qui ont réussi les épreuves techniques possèdent aussi une expérience suffisante en haute montagne. Une fois n'est pas coutume, cause météo qui allait tourner en milieu de semaine, nous avons attaqué sur les chapeaux de roues en partant dans la traversée des Grandes Jorasses directement, sans faire un petit tour de chauffe avec une ascension préalable de moindre ampleur. Nous étions deux groupes, celui du guide formateur Arnaud Guillaume avec Kilian, Vincent et Neils et le mien avec Quentin, Valentin et Titouan. Tous bien motivés, nous avons quitté le refuge Torino à 2h30 en ce 12 août 2025, équipé de matériel de bivouac, se disant que nous irons jusque bon nous semble pour cette course qui se fait habituellement en deux jours. En vrai, nous savions un peu tous qu'il y avait de bonnes chances que nous tirions jusqu'au refuge Boccalatte situé au pied de la voie normale, où nous sommes arrivés à 18h30, après 16 heures de crapahute, ponctuées de quelques bonnes pauses pour récupérer. Cette traversée est fort belle, mixte au début avec les passages de l'Aiguille, de la Calotte et du Dôme de Rochefort. À partir du bivouac Canzio jusqu'à la Pointe Whymper, l'escalade était exclusivement rocheuse grâce, ou à cause, des conditions sèches actuelles. Cette partie est très effilée pendant longtemps, vraiment somptueuse. Se pencher en versant nord donne le vertige ! Au sommet de la Pointe Walker, une autre course commence avec la longue voie normale qui demande une attention permanente. Elle ne nous a pas pris moins de 4 heures. Cette journée m'a rappellé la fois où en 2014, j'avais emprunté ces arêtes dans l'autre sens, en sortant seul de la goulotte des Polonais en face nord. Les conditions étaient bien différentes, tout était englacé, personne n'était passé dans cette traversée depuis pas mal de temps et je me souviens qu'il avait fallu rester bien concentré pour garder l'équilibre sur ces rochers aériens, passablement fatigué par un départ depuis la gare du Montenvers pour approcher la face. J'avais ainsi rejoint le refuge Torino pour continuer quelques heures plus tard par le Grand Pilier d'Angle afin de sortir au mont Blanc. C'est un automne qui avait été un cru exceptionnnel en face nord des Grandes Jorasses, où toutes les voies mixtes étaient particulièrement fournies